Assemblée nationale : « La laïcité dans la République » enseignée au personnel civil et militaire | Assemblée Nationale du Bénin

Assemblée nationale : « La laïcité dans la République » enseignée au personnel civil et militaire


 

 

Dans le cadre des enseignements civiques et moraux instaurés par le Président de l’Assemblée nationale Louis Gbèhounou VLAVONOU à l’occasion des cérémonies des couleurs, le Directeur des Services législatifs du Parlement béninois Olushègun Abdel Serpos Tidjani a entretenu dans la matinée de ce lundi 10 octobre 2022, le personnel civil et militaire sur la notion de la « laïcité dans la République ». Dans son exposé, le Directeur des services législatifs a d’abord définit trois notions essentielles : laïcité, religion et sécularisation. Ensuite il a fait le lien entre les trois notions.

La laïcité en droit désigne 《le principe de séparation dans l’État, de la société civile et de la société religieuse 》. Par extension, la laïcité s’entend du caractère des 《institutions, publiques ou privées, qui sont indépendantes du clergé et des Églises》. En se référant au dictionnaire Larousse, l’exposant définit la laïcité d’une part, comme la conception et l’organisation de la société 《fondée sur la séparation de l’Église et de l’État et qui exclut les Églises de l’exercice de tout pouvoir politique ou administratif, et, en particulier, de l’organisation de l’enseignement 》; d’autre part, comme le 《 caractère de ce qui est laïc, indépendant des conceptions religieuses ou partisanes 》. La religion quant à elle est un concept fondamental sans lequel celui de laïcité serait sans objet, la religion peut prendre l’une des trois acceptions suivantes: d’abord, un ensemble de croyances qui définissent le rapport de l’homme avec le sacré, une reconnaissance par l’être humain d’un principe ou d’un être supérieur ( que certains peuvent appeler Dieu) ensuite, un ensemble de pratiques propres à une croyance ou un à groupe social ; enfin, l’adhésion à certaines croyances et convictions. Enfin, selon l’exposant, la sécularisation (étymologiquement « rendre au siècle, au monde », de séculier, du mot latin seculum, « siècle ») consiste à faire passer des biens d’Église dans le domaine public, ou encore, à soustraire à l’influence des institutions religieuses, des fonctions ou des biens qui lui appartenaient.

Quels liens entre religion, laïcité et sécularisation ?

Pour le Directeur des services législatifs de l’Assemblée nationale M. Olushègun Abdel Serpos Tidjani les liens entre religion et pouvoir politique sont anciens et intimement imbriqués. Déjà, du temps de l’Egypte ancienne qui est une référence bien connue, jusqu’à la période contemporaine marquée par des monarchies dites constitutionnelles, il est fréquemment affirmé que le pouvoir est d’essence divine et que le souverain, quel que soit son âge, son sexe ou la couleur de sa peau, est soit une incarnation de la divinité, soit son lieutenant parmi les humains. Il règne sur ses semblables, leur patrimoine matériel et leur rapport au divin. Il est le prêtre des prêtres et est souvent initié aux pratiques religieuses les plus secrètes, celles qui ne sont pas ouvertes au commun des mortels. L’évolution de cette conception à travers les âges et les lieux s’est d’abord illustrée par le rôle prépondérant joué par les responsables religieux aux cotés des dirigeants politiques, le temporel tirant sa légitimité du spirituel. Avec l’avènement des premières républiques agnostiques, voire athées, le rôle et le prestige déjà largement émoussés du clergé ont laissé place à deux tendances :
– d’un côté, la laïcité proprement dite, qui se rapproche d’une méfiance profonde pour le fait religieux et par une séparation rigide du pouvoir politique et du pouvoir religieux ;
 – de l’autre, la sécularisation qui est davantage une indifférence vis-à-vis du phénomène religieux et une démarcation précise entre le champ de compétence et le patrimoine des institutions religieuses et ceux de l’Etat. 

Quid de la laïcité au Bénin ?

L’exposant a rappelé a l’assistance que plusieurs dispositions de la Constitution de la République du Bénin mentionnent la notion de laïcité. Ainsi, pour éclairer davantage la notion de laïcité, la loi fondamentale précise au deuxième alinéa de l’article 23 que « Les institutions, les communautés religieuses ou philosophiques ont le droit de se développer sans entraves. Elles ne sont pas soumises à la tutelle de l’État. Elles règlent et administrent leurs affaires d’une manière autonome ». Leur interlocuteur privilégié est le ministre chargé de l’intérieur qui s’occupe aussi des cultes et des organisations non gouvernementales. Mieux, les serments prêtés par le président de la République, les membres de toutes les formes et de tous les ordres de juridiction, ainsi que les membres de certaines professions, bien qu’empreints d’une grande solennité, demeurent éminemment laïcs. Pour rappel, un serment est composé de trois parties principales : l’invocation d’une entité supérieure, la promesse et l’imprécation en cas de violation de la promesse. Conformément à l’article 53 de la Constitution, le président de la République du Bénin, lors de son investiture, invoque : « […] Dieu, les mânes des ancêtres, la Nation et […] le Peuple béninois, seul détenteur de la souveraineté ». Au titre de l’imprécation, il appelle sur lui-même « les rigueurs de la loi » en cas de parjure.  Ces éléments indiquent à suffisance que le constituant béninois a donné exactement la même place à tous : croyants monothéistes, croyants animistes, agnostiques, et même athées, dès lors qu’ils sont unis par le ciment de la République. 

Pour conclure, le Directeur des services législatifs estime que la laïcité reste pour lui, malgré les nombreuses heures de recherche assidue, une notion floue car elle est à la confluence du droit, de la politique, de la philosophie et d’autres sciences sociales, chacune lui donnant un contenu et des synonymes, au gré de sa perception du moment.  il ajoute que, quoique galvaudée, la laïcité garde quand même quelques traits qu’il paraît capital de planter en chacun telles des graines. Ainsi: pas de laïcité sans religion ; la laïcité marque une séparation nette entre le fait religieux et le fait politique; l’Etat laïc n’a rien contre la religion mais ne se laisse pas submerger par elle; la laïcité n’est pas la sécularisation. Cette dernière est la séparation entre d’une part, le patrimoine et le champ d’action de l’Etat, d’autre part, ceux des religions. Elle évite la confusion entre bien public et bien religieux mais aussi entre enseignement public et enseignement confessionnel; les États du monde, qu’ils soient des républiques ou des monarchies, ne sont pas tous laïcs. Certains affichent et assument ostensiblement leur penchant religieux. 

POLO. AHOUNOU